La maison traditionnelle

Niveau unique et symétrie.

Qui dit "Hesbaye", pense "grenier à blé" et simultanément, "grosse ferme en carré". Toutefois, ces immenses ensembles ne doivent pas faire oublier les plus petites constructions traditionnelles, qui constituaient sous l’ancien régime la majorité du paysage bâti, bien plus modeste, à l’échelle de leurs propriétaires.

Moulin BauwinMoulin Bauwin à Folx-les-Caves, pignon en colombage

Initialement, des maisons en bois et torchis

Il reste aujourd’hui fort peu de ces bâtisses dites "en colombage", où le bois constituait le matériau principal d’une cage habillée d’un hourdis de torchis appliqué sur un clayonnage de baguettes refendues. Seul un socle en pierre isolait du sol cette structure en matériaux périssables. Avant que ne se généralise la brique, qui se substituera d’ailleurs au torchis pour le remplissage du squelette ligneux, cette technique de construction prévalait et composait la majeure partie des constructions de nos villages jusque vers la moitié du XIXe s. environ. Il en subsiste de rares témoins, presque exclusivement des granges, partiellement conservées pour certaines, dont le plus bel exemplaire toujours debout serait la grange dite "à la Dîme" à Marilles (1744). 

La disparition de ces édifices est liée à l’édiction répétée de règles visant à se prémunir contre les risques d’incendie - amplifiés par le chaume qui couvrait les toits - mais aussi à une pénurie vraisemblable de bois d’ouvrage, surtout dans notre région limoneuse précocement défrichée.

Maison traditionnelleMaison traditionnelle à Saint-Remy-Geest

Caractéristiques de la maison traditionnelle-type

Si pour certains, le bois demeure le matériau de prédilection qui se maintient tardivement, simultanément, d’autres bâtissent en dur - qu’il s’agisse de pierres ou de briques, volontiers en combinaisons d’ailleurs. Ces constructions, ordinairement qualifiées de "traditionnelles", subsistent dans la majorité des villages, affichant une disposition caractéristique, ou presque.

Disposition intérieure

Leur planimétrie s’étend sur un niveau, lequel s’articule autour d’un vestibule médian qui divise l’habitation en deux parties symétriques. Celles-ci se répartissent en une pièce ayant de bonnes dimensions (cuisine et séjour), suivie d’une pièce arrière habituellement plus petite (chambre) qui peut d’ailleurs connaître une subdivision supplémentaire. Entre ces pièces et derrière le vestibule, s’inscrit un petit réduit complémentaire - la dispense - occasionnellement supprimée au profit d’un corridor, autorisant dès lors une sortie à l’arrière de la maison. Ce vestibule (ou corridor) contient deux escaliers plus ou moins étriqués. Le premier, en dur, descend vers le sous-sol, tandis que l’autre, en bois, grimpe vers le grenier où s’inscrit une petite pièce qui surmonte le vestibule, singularisé par cet attribut typique des maisons d’ici : la lucarne dite "brabançonne" ou "hesbignonne".

Elévation extérieure

A l’extérieur, cette organisation symétrique se lit aussi en élévation : la porte d’entrée est environnée par deux paires de baies, et surmontée de cette lucarne tandis qu’à l’arrière un nombre impair de prises de lumière se succèdent à la file, à moins qu’une porte secondaire ne se substitue à celle du milieu. 

Une série de traits communs peuvent être pointés : les pignons en "dents de scie" ou à épis débordent souvent la bâtière de tuiles et reposent en encorbellement sur un jeu de consoles plus ou moins travaillées, qui bloquent le déroulement d’une frise de briques en saillie sur la façade. Juste sous celle-ci, des trous de boulins "en croisettes", régulièrement distribués, émaillent la muraille qui, bien souvent est assise sur un socle en pierre.

Origine et évolution de la répartition des pièces : rôle du couloir

Une telle bipartition de l’habitation, induite par l’introduction du vestibule, apparaîtrait vers 1730 pour les logis traditionnels (à la Petite Gayette, à Beauvechain en 1737), un peu plus tôt dans les édifices d’un certain rang, par ailleurs souvent à deux niveaux. L’adoption du vestibule axial induit une nouvelle manière d’habiter, qui se substitue à la maisonnette additionnant jadis au mieux quatre pièces de plain-pied, où la cuisine revêtait un rôle essentiel : l’entrée s’y faisait directement, tandis qu’elle commandait toutes les circulations. 

Au contraire, le vestibule génère désormais une transition entre le domaine privé et l’extérieur, et remplit un rôle de distribution vers les pièces voisines. Mais sans toutefois desservir directement les pièces arrière, accessibles via les pièces avant uniquement, et même lorsqu’un véritable couloir existe.

Adoption progressive d’un (demi) niveau supplémentaire

A partir de la fin du XVIIIe s., mais essentiellement au XIXe s., le logis traditionnel à double corps tend à se réduire, par la perte d’une de ses deux moitiés. Mais simultanément, son gabarit croît en altitude, par l’adoption d’un demi-niveau supplémentaire, voire d’un niveau complet, bien souvent conçu d’origine. Cet étirement du logis vers le haut n’est toutefois pas systématique, puisque les habitations basses - souvent modestes - persistent en de multiples villages, à l’instar des bâtiments qui survivent à Linsmeau, Opprebais, Huppaye, pour les témoins les plus significatifs. En dehors des constructions neuves, cette amplification verticale s’observe aussi dans les bâtisses plus anciennes, où se lisent les cicatrices de l’opération : coutures aux pignons et lignes de partage délimitant les contours de l’ancienne élévation.

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 Glossaire

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 La Maison traditionnelle (détails)

 

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